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Informations

Fierabras.

Author(s), creator(s), collaborator(s) : Bagnyon, Jehan
Type of the represented object : Incunabula

Détails
Collection: Incunabula
Original object location: Réseau des Bibliothèques
Uniform title : Fierabras
Author(s), creator(s), collaborator(s): Bagnyon, Jehan (1412-....) (editor)
Editor: Imprime a lyon : par maistre Guillaume le roy
First publication of the original object: 1484/1487
15th century
Middle age (476-1492)
Place of creation of the original object: Lyon (France)
Identifiant(s): XV.B119 (cote ULg)
1723604-10 (code-barres ULg)
Original object language: Middle French (ca. 1400—1600)
Description: Titre pris au colophon.
Mention de publication prise au colophon.
33 lignes ; caractères gothiques.
Texte en rouge et noir.
Gravures sur bois.

Empreinte: onet en.c ntra Lela (C) 1484-1487 (Q) (exemplaire ULg)

Signatures : a-n⁸ o-p⁶

Reliure en maroquin rouge signée Bauzonnet-Trautz. Plats décorés de filets dorés entrelacés pour former un motif à la Grolier. Fleurons dorés aux quatre coins. Contre-plats ornés d'une roulette dorée. Tranches marbrées sous or.

Acquisition par l'Université de Liège : Legs Baron A. Wittert 1903
Material, support of the original object : Papier
Physical description of the represented object : [116] feuillets : ill. ; in-8.
Keyword: Prose médiévale; Littérature -- ouvrages avant 1800
CREF classification(s): Lettres
Classification(s): Arts & humanities => Literature
Other contributor(s): Leroy, Guillaume (14..-1525?) (printer-bookseller)
Part of: Public domain
Permalink: http://hdl.handle.net/2268.1/1623

pdf.png
XVB119.pdf
Description:
Size: 24.81 MB
Format: Adobe PDF
Access type:: Open Access
Scientific presentation

Né en 1412, Jean Bagnyon est originaire de Bretonnières, un hameau situé dans le canton de Vaud en actuelle Suisse Romande. Sa carrière se déroule d’abord à Lausanne où il est notaire impérial en 1463, puis juge ecclésiastique à la cour épiscopale. Souhaitant unifier la ville alors divisée en trois quartiers, il obtient la charge de syndic en 1481. Mais, trois années plus tard, il quitte Lausanne pour se fixer à Genève, où la rédaction d’un Tractatus défendant les droits des Genevois face au duc de Savoie lui vaudra d’être reçu bourgeois en 1487.

La charge qu’occupait Bagnyon dans l’administration épiscopale de Lausanne lui a permis de rencontrer le chanoine de la cathédrale, Henri Bolomier, et c’est à sa demande que Bagnyon va compiler aucunes hystoires tant en latin comme en romans et, ainsi, composer une nouvelle version de Fierabras. Produit avant 1470-1478, ce texte focalisé notamment sur les reliques de la Passion permettait en effet d’assurer l’authenticité du Saint Suaire qui, alors conservé au couvent des Dominicains de Plainpalais à Genève, était la propriété des ducs de Savoie. D’après Keller (1993), cette version de Fierabras fut d’ailleurs un véritable instrument de propagande favorable aux ducs : d’une part, elle servait à remémorer la glorieuse époque des souverains savoyards Pierre II (1203-1268) et Amédée VIII (1383-1451) à travers la figure de Charlemagne ; d’autre part, l’insubordination de certains vassaux comme Roland contribuait à prévenir une éventuelle révolte contre Yolande de France, régente du duché pour Amédée IX. En outre, le commanditaire semble avoir joué un rôle dans l’organisation de l’œuvre elle-même, ainsi que le confie Bagnyon dans son prologue : le dit messire Henry Bolomier a veu de ceste matiere desjoincte, sans grant ordonnance, a sa requeste, selon la capacité de mon petit entendement et selon la matiere que j’en ay peu trover, j’ay ordonné cestuy livre.

À la suite du prologue, le récit est en effet réparti en trois livres, eux-mêmes subdivisés en trois parties – à l’exception du dernier livre qui n’en contient que deux –, chaque partie étant à son tour découpée en chapitres. Le premier livre tire l’essentiel de sa matière du Speculum Historiale de Vincent de Beauvais (ca. 1250) pour retracer les origines de la France en se focalisant sur l’histoire de ses rois païens et légendaires, mérovingiens et, enfin, carolingiens. Cette section initiale s’achève sur le règne de Charlemagne et sur son expédition à Jérusalem puis à Constantinople, où il reçoit les reliques de la Passion. Le deuxième livre qui occupe les deux tiers de l’œuvre est une mise en prose de la chanson de geste Fierabras, composée en alexandrins dans le dernier tiers du XIIe siècle. La prose relate tout d’abord la victoire remportée par Olivier lors d’un duel qui l’oppose au géant sarrasin Fierabras, fils de Baland, amiral d’Espagne. À la suite du combat, Fierabras se convertit à la religion chrétienne et rallie l’armée française. Quant à Olivier, il est fait prisonnier et il est emmené par les sarrasins dans la ville d’Aigremore. Alors qu’ils tentent de le délivrer, les pairs de France sont eux aussi jetés dans les geôles de Baland. Avec la complicité de la princesse Florippes, la fille de l’amiral, les prisonniers français parviennent finalement à se réfugier dans une forteresse, mais ils sont encerclés par l’armée sarrasine. Charlemagne, averti de la cruelle situation dans laquelle ils se trouvent, vient à la rescousse de ses vassaux assiégés. Les troupes françaises combattent d’abord le géant Galaffre à Mautrible, puis affrontent l’armée païenne devant Aigremore. Les Français sortent victorieux de la bataille, et Ogier décapite Baland. Après avoir été baptisée, Florippes épouse Guy de Bourgogne et restitue les reliques de la Passion qui avaient été volées à Rome. Suivant le récit du Pseudo-Turpin d’après le Speculum Historiale, le troisième livre relate l’expédition de Charlemagne en Espagne, après une apparition de saint Jacques Le Majeur. Le saint exhorte l’empereur à conquérir la Galice afin d’y récupérer son corps pour l’enterrer et fonder une église à l’endroit de sa sépulture. Outre la fondation de Saint-Jacques-de-Compostelle, le texte raconte la trahison de Ganelon, la mort de Roland puis d’Olivier, pour terminer par le retour de Charlemagne à Paris et sa mort à Aix-la-Chapelle. Enfin, le volume se clôture avec un résumé des trois livres (La capitulacion de l’euvre) ainsi que l’excusacion du facteurBagnyon retrace les buts de son œuvre et, dans une sorte de captatio benevolentiae, s’excuse de s’être exprimé aultrement que bon françois.

Alors que la langue de Fierabras est au départ marquée par une scripta régionale – celle des parlers de la Suisse Romande –, elle sera par la suite standardisée au fil des éditions. De même, certains motifs littéraires connaitront de progressives actualisations. À cet égard, il faut préciser que le roman porte le titre de Fierabras (le geant) jusqu’en 1497 ; ensuite, les imprimeurs optent pour La conqueste du grant roy Charlemaigne des Espaignes et les vaillances des douze pers de France, et aussi celles du vaillant Fierabras, plaçant ainsi la figure de Charlemagne à l’avant-plan. La narration en prose est en effet focalisée sur les expéditions de l’empereur plus que sur l’histoire du géant païen converti.

Le Fierabras de Bagnyon est en fait le premier roman médiéval imprimé : l’editio princeps est publiée en 1478, à Genève, par Adam Steinschaber. Avant 1500, l’œuvre connaît dix éditions – d’abord à Genève puis à Lyon – et c’est seulement à partir de 1520 qu’elle est imprimée à Paris. La vingtaine d’éditions de la compilation de Bagnyon au XVIe siècle témoigne de son succès durable, ce qui explique pourquoi elle est aujourd’hui considérée par la critique comme l’un des premiers best-sellers diffusés par l’imprimerie.

Originaire de Liège, Guillaume Le Roy est un imprimeur actif à Lyon entre 1473 et 1493. C’est lui qui est à l’origine des trois premières éditions lyonnaises de cette version de Fierabras (le 5 juillet et le 16 novembre [1484-1487] puis le 20 janvier [1487]). Ses réimpressions parallèles laissent supposer que Le Roy a rapidement mesuré l’intérêt que représentait cette légende d’origine médiévale pour le marché du livre en France. À ce moment-là, l’imprimeur a en effet déjà acquis une certaine expérience du métier, comme le suggèrent par exemple les signatures, les initiales rouges et les pieds-de-mouche qui marquent le triple niveau de division du texte – livres, parties, chapitres – de l’exemplaire conservé dans les collections de l’Université de Liège. Ce témoin reflète donc le perfectionnement de sa pratique d’imprimeur et du matériel typographique dont il disposait. Aussi, cet ouvrage permet d’évoquer la prédilection qu’avait Le Roy pour les éditions de romans en langue française rehaussées d’illustrations puisqu’il ne contient pas moins de cinquante-trois gravures (issues de quarante-neuf bois différents).

Signalons pour terminer que cet incunable fait partie des collections léguées à l’Université de Liège par le baron Adrien Wittert (1823-1903), comme l’atteste l’ex-libris présent sur le contre-plat supérieur de la reliure.


Transitions

Adélaïde Lambert
Doctorante, service de langue et littérature médiévales

Cette présentation a été réalisée dans le cadre de la collection "Arm@rium Universitatis Leodiensis. La bibliothèque virtuelle du Moyen Âge et de la première Modernité de l’Université de Liège", développée par l'Unité de Recherche Transitions .


Bibliographie :

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